Portraits de producteurs
Blandine GALLOT,

productrice de fromages de vaches, blancs à affinés, de yaourts fermiers... à Sorbiers
Pouvez-vous vous présenter et nous présenter l’exploitation ?

J’ai 33 ans. Je me suis installée en 2002 avec mon beau-père, nous avons constitué un GAEC (Groupement Agricole d’Exploitation en Commun). Je me suis formée à Aurillac dans le cantal avec une spécialisation produits fermiers.
Mon mari a pris la place de mon beau-père il y a 2 ans, nous travaillons avec une salariée et sommes en attente de trouver éventuellement un autre associé.
L’exploitation fait environ 40 hectares, essentiellement des prairies, nous avons très peu de céréales, tout est consommé sur l’exploitation : blé, orge,…
Nous possédons 32 vaches laitières.

Quelles sont vos principales productions ?

Autrefois ma belle mère fabriquait déjà des fromages. Aujourd’hui, après 6 années d’installation et de vente directe nous sommes passés de 10 000 litres à 50 000 litres de lait transformé.
Nous faisons essentiellement du fromage blanc de type lactique : nous travaillons sur deux traites. La traite du soir est isolée et refroidie à 10°, une certaine dose de petit lait est ajoutée afin de faire monter en acidité. Le lendemain le lait est réchauffé et la présure est ajoutée. On caille les matins et on moule le lendemain. Il faut compter 24h pour faire le fromage après la traite.

Vous proposez plusieurs types de fromages ?

Avec cette même base nous produisons du fromage frais en faisselles, des rigottes, et des cœurs pour les fêtes. Seule la forme du moule change. Certains sont également affinés afin de donner des fromages secs. Nous proposons également du fromage blanc battu, du lait cru, et depuis l’année dernière nous fabriquons des yaourts natures et à la vanille.

Quels sont les produits que vous vendez le plus ?

Surtout des fromages frais en faisselles, les ¾ de nos ventes se font en frais et ¼ en affiné.

Souhaitez-vous proposer de nouveaux produits ?

J’envisage de faire des yaourts sur lit de confitures, les confitures seront produites par un producteur fermier. Je souhaite travailler avec des produits le plus naturels possibles.

J’ai d’autres idées, mais je manque de temps pour élargir d’avantage ma gamme.
Je préfère me concentrer sur quelques produits pour avoir une production régulière plutôt que de me disperser.

Pensez-vous que les habitudes des consommateurs ont changé ?

Les gens consomment moins de fromages mais nos clients nous restent fidèles. Il est plus difficile de toucher de nouveaux clients habitués aux produits emballés et vendus à grand renfort de publicité.

Il arrive que des personnes disent que les produits fermiers sont chers mais je pense que l’on ne ramène pas assez le prix au kilo. Cela coûte moins cher d’acheter des produits frais et de les cuisiner, plutôt que d’acheter des plats cuisinés.
Il faut aussi réapprendre les saisons. Quand un produit n’est plus disponible en fin de marché ou au point de vente c’est la garantie que nos produits sont frais et issus de nos fermes !

Vous soulignez l’importance pour vous de respecter la nature et la santé du consommateur. Qu’est ce qui est fait dans ce sens ?

Nous avons supprimé la production de maïs pour nous centrer davantage sur l’herbe plus facile à produire simplement sur notre secteur. Nous mettons en place une récupération des eaux de pluie afin de l’utiliser pour laver la salle de traite.
Nous achetons le moins possible d’aliments pour les animaux afin de contrôler ce qu’elles consomment, nous achetons de l’aliment sans OGM.
Nous avons la volonté de faire parcour aux produits le moins de distance possible d’où notre démarche de vente directe
Nos yaourts ne contiennent aucun arôme artificiel, nous avons la volonté de ne pas mettre de conservateurs, de faire des produits le plus naturellement possible
Globalement nous essayons de maîtriser toute la chaîne de la manière la plus naturelle possible.

Vous faites partie de l’association départementale des produits fermiers, vous respectez de ce fait un cahier des charges ?

Oui, nous respectons le fait de produire le plus possible à partir des produits de l’exploitation : « je produit, je transforme, je vends. »
Nous travaillons le plus possible de manière artisanale.

Où sont vendus vos produits ?

Sur le marché de la Talaudière, à certains restaurateurs de la région, sur le point de vente collectif de Sorbiers « Plein Champ côté ferme », ainsi qu’à des pâtissiers et boulangers qui travaillent avec le lait cru. Nous souhaitons avoir le moins d’intermédiaires possible.

Le lait cru est vendu en tournée sur Sorbiers et la Talaudière. C’est un avantage d’être dans une zone périurbaine car nous nous déplaçons assez peu pour vendre. Mais c’est aussi un inconvénient car la pression du foncier fragilise beaucoup la pérennité de nos exploitations. 

Vous ne pratiquez pas la vente à la ferme ?

Nous préférons aller à la rencontre du client (marché, point de vente collectif). La ferme n’est pas assez facile d’accès et nous n’avons rien aménagé pour l’accueil.

Pouvez-vous nous parler un peu du point de vente collectif ?

Il a été mis en place il y a 3 ans. J’en suis à l’origine car j’avais constaté que sur le marché de la Talaudière il y avait une demande des personnes qui travaillent et ne peuvent se rendre sur le marché. L’idée c’est qu’en s’unissant et en ayant chacun ses spécialités on peut proposer au client une gamme beaucoup plus élargie : fruits légumes, volailles, charcuteries, fromages de vache, fromages de chèvre, escargots, miel, et vin. Lentilles, canards, et châtaignes sont des produits déposés par d’autres producteurs.
Tout ce qui est en rayon est transformé par nos soins, nous sommes donc ouvert 2 jours entier par semaine plus une demi journée.
Il y a toujours un producteur présent sur le point de vente, c’est important pour le consommateur, il peut mette un visage derrière les produits, et recevoir les informations qu’il attend.

Il est important pour vous de pratiquer la vente directe ?

Pour laquelle je fais ce métier. Pour moi il est important de garder le contact avec le client, j’ai besoin de communiquer et de connaître ceux qui consomment mes produits.

D’après vous quels sont les avantages pour le consommateur ?

Consommer localement permet d’acheter des produits moins transportés et de savoir ce que l’on met dans notre assiette. En consommant, on devient acteur d’un développement local.

Qu’est-ce qui vous plait dans ce métier ? On pourrait même dire ces métiers : producteurs, transformateur et vendeur ?

Je crois qu’il faut être guidé par une certaine passion.
Le coté très positif et valorisant c’est de suivre son produit de la production à la vente. Il y a une certaine satisfaction à voir revenir les clients qui nous disent qu’ils se sont régalés. Par contre le temps qu’on y aura passé ne sera pas forcément valorisé, parfois c’est dur de trouver cette motivation, de faire des sacrifices sur le temps libre. Avec les vaches laitières c’est la contrainte de la traite deux fois par jour et toute l’année.

Ce qui est important c’est la passion et cette polyvalence qu’il faut avoir : il faut savoir faire la gestion, le travail à la ferme, faire les fromages, les soins vétérinaires pour le troupeau,…. Nous suivons les mouvements de la nature